Les lycéens réclament des professeurs, les parents s’inquiètent et les heures de cours disparaissent à une vitesse impressionnante. Et voilà que, jeudi soir, le ministre de l’Éducation nationale annonce avoir trouvé 3 000 enseignants remplaçants, prêts à rejoindre les établissements en quelques jours ! Une excellente nouvelle… à un petit détail près : ces professeurs étaient déjà dans les effectifs. Alors, monsieur Geffray, vous les cherchiez où exactement ?
Les miracles à l’Éducation nationale : 3000 professeurs de plus
Mes chers Français, réjouissez-vous ! Après les annonces sur le carburant, les promesses concernant l’électricité et les consultations destinées aux lycéens, voici maintenant le miracle de la multiplication des enseignants.
Jeudi 8 octobre, au journal de 20 heures de TF1, Édouard Geffray annonce que 3 000 enseignants remplaçants vont être mobilisés entre vendredi et mardi pour rejoindre les établissements les plus en difficulté. À croire que les rectorats viennent enfin de retrouver le bouton « Rechercher » !
Mais attendez une seconde. Depuis des jours, les lycéens dénoncent les absences non remplacées et les heures de cours perdues. On nous explique que les affectations sont compliquées, que les moyens manquent et que les solutions demandent du temps. Et voilà qu’au beau milieu de la mobilisation, le ministre nous sort une réponse presque immédiate.
Ces professeurs viennent-ils d’être recrutés ? Pas du tout. Ils étaient chauds et déjà dans les effectifs de l’Éducation nationale, mais n’étaient pas affectés devant des élèves.
Avouez que cela mérite quelques explications.
Des enseignants disponibles… dont on découvre soudain l’existence !
Le ministre reconnaît que l’administration rencontrait des difficultés pour affecter correctement ces remplaçants. Nous avions donc, d’un côté, des établissements privés d’enseignants et, de l’autre, des professeurs disponibles. Entre les deux, une organisation qui peinait à faire correspondre les besoins et les moyens.
Bien sûr, un professeur de français ne peut pas remplacer un enseignant de physique, et les contraintes géographiques existent. Mais ce problème ne date pas d’hier. Alors pourquoi semble-t-on soudain capable de mobiliser autant d’enseignants en quelques jours ?
Pour identifier les établissements prioritaires, le ministère s’appuie notamment sur un nouveau logiciel qui a permis de classer 114 lycées en rouge et 400 en orange, selon leurs difficultés de remplacement.
Formidable ! L’outil est évidemment très utile. Mais il est permis de se demander pourquoi une meilleure organisation n’a pas été mise en place plus tôt.
Une annonce pour remplir les classes… ou pour vider les rues ?
Et c’est là que le calendrier devient particulièrement intéressant.
Mercredi 7 octobre, Sébastien Lecornu annonce cinq grands chantiers et promet de premières réponses aux lycéens à la fin du mois. Consultations, discussions, réflexions… toute la panoplie gouvernementale est de sortie.
Le lendemain, les manifestations continuent. Selon le ministère de l’Intérieur, 71 500 personnes défilent encore dans toute la France. Et le soir même, le ministre de l’Éducation nationale annonce qu’il peut mobiliser 3 000 remplaçants presque immédiatement.
Quelle efficacité soudaine !
Alors forcément, une question me traverse l’esprit : cette annonce est-elle destinée à remplir les salles de classe ou à vider les rues ?
Attention, rien ne permet d’affirmer que ces enseignants étaient volontairement laissés sans affectation ni que le gouvernement aurait inventé ce chiffre pour calmer la contestation. Mais reconnaissons que cette promesse arrive au moment idéal pour montrer que les revendications ont été entendues.
Et en politique, une annonce faite au bon moment peut déjà produire son petit effet, avant même que la première mesure soit appliquée.
Reste à savoir si les élèves seront aussi impressionnés par les résultats que les téléspectateurs par le chiffre.
Mardi 13 octobre : les 3 000 seront-ils à l’appel ?
Le ministre prévoit également quelques centaines de recrutements supplémentaires et davantage d’heures supplémentaires pour faciliter les remplacements. Des mesures qui pourraient améliorer la situation, à condition qu’elles répondent réellement aux besoins des établissements.
Mais pour les fameux 3 000 remplaçants, l’échéance approche : leur mobilisation est annoncée d’ici mardi 13 octobre.
Alors mardi, plutôt qu’une nouvelle conférence de presse, on aimerait un bilan. Combien d’enseignants auront effectivement rejoint les établissements ? Combien de cours seront à nouveau assurés ? Et combien d’élèves continueront à attendre un professeur ?
Car annoncer des milliers de remplaçants à la télévision est une chose. Les retrouver devant les classes en est une autre.
Un professeur annoncé au journal de 20 heures ne remplace toujours pas un professeur absent à 8 heures du matin.
Madame Râleuse attend le contrôle des connaissances !
Monsieur Geffray, si ces enseignants arrivent effectivement dans les établissements, tant mieux ! Personne ne va se plaindre de voir des lycéens retrouver leurs cours.
Mais permettez-moi de trouver cette découverte particulièrement opportune. Après des semaines de contestation, voilà que l’administration parvient soudain à mobiliser des moyens dont elle disposait déjà.
Alors, véritable solution enfin débloquée ou annonce providentielle pour faire retomber la pression ? Il faudra attendre les résultats pour juger de son efficacité. Quant aux intentions politiques, elles ne se déduisent pas d’un simple calendrier.
En attendant, je suggère au ministère de conserver précieusement son nouveau logiciel et, surtout, la liste de ses remplaçants. Cela pourrait éviter d’avoir à les « rechercher » à la prochaine rentrée.
Parce qu’en France, les professeurs semblent toujours manquer.
Madame Râleuse — Les promesses, c’est bien. Les professeurs devant les élèves, c’est mieux !
Sources :
