12 à 18 centimes de moins à la pompe ! Voilà l’annonce du siècle ! Sébastien Lecornu promet de soulager les automobilistes en puisant dans les réserves stratégiques de gazole. Mais avant de faire la fête sur le parking de Total, il serait peut-être judicieux de lire les petites lignes. Parce que, comme toujours, le diable se cache dans le réservoir.
Miracle à Matignon : le carburant va baisser !
Mes chers automobilistes, sortez les confettis !
Le 7 octobre, Sébastien Lecornu nous a annoncé une nouvelle qui devrait, paraît-il, redonner un peu d’oxygène à nos portefeuilles.
Le gazole pourrait baisser de 12 à 18 centimes par litre !
Oui, vous avez bien lu.
Après des mois à regarder le compteur de la pompe tourner plus vite que celui de notre compte bancaire, voilà enfin une perspective réjouissante.
Mais attention, ne vous précipitez pas encore pour embrasser le pompiste.
Car cette baisse, pour l’instant, est une estimation. Pas une réduction déjà appliquée.
Et chez Madame Râleuse, on a appris à faire la différence entre une promesse et un ticket de caisse.
Dix millions de barils : le gouvernement ouvre les placards !

Pour réaliser ce petit miracle pétrolier, le gouvernement a décidé de sortir 10 millions de barils de gazole des réserves stratégiques françaises.
Ces stocks avaient été achetés avant la flambée des cours. L’idée consiste donc à proposer aux distributeurs un carburant acquis moins cher pour faire diminuer les prix à la pompe.
Sur le papier, le raisonnement tient.
Mais avouez que la situation est savoureuse.
Nous avons du carburant qui dort dans les réserves pendant que les automobilistes se demandent s’il faut vendre un rein pour remplir le réservoir.
Et voilà qu’on décide de le ressortir pour annoncer une baisse !
On croirait presque un parent qui cache les bonbons dans le placard avant de les redistribuer en se faisant passer pour le Père Noël.
Sauf qu’ici, les bonbons se mesurent en millions de barils.
Une baisse de 18 centimes : combien dans notre poche ?

Prenons un exemple très simple.
Vous faites un plein de 50 litres.
Avec une baisse de 12 centimes, vous économisez 6 euros.
Avec une baisse de 18 centimes, vous économisez 9 euros.
Voilà.
Pas de quoi réserver une semaine aux Maldives, certes, mais une économie qui compte pour ceux qui prennent leur voiture tous les jours.
Et je ne vais certainement pas prétendre que 9 euros ne représentent rien. Pour beaucoup de ménages, chaque euro compte.
Mais une question demeure : ces centimes arriveront-ils vraiment jusqu’à la pompe ?
Car entre le gazole sorti des réserves, son achat par les distributeurs et sa vente aux automobilistes, il reste quelques étapes.
Et tant que la baisse n’apparaît pas sur le panneau lumineux de la station-service, elle reste une perspective.
Pour l’instant, ce sont les chiffres qui baissent dans les annonces. Pas encore ceux qui s’affichent devant nos pare-brise.
Vous roulez à l’essence ? Circulez, il n’y a rien à voir !
Et voici le détail qui mérite une médaille. On parle partout d’une baisse du prix des carburants.
Des carburants ? Pas exactement !
La mesure annoncée concerne le gazole. Vous roulez au SP95, au SP98 ou au sans-plomb E10 ?
Eh bien, pour vous, aucune baisse comparable n’est prévue dans cette annonce.
Désolée.
Vous avez manifestement choisi le mauvais moteur pour profiter du cadeau.
C’est un peu comme si le gouvernement annonçait une distribution gratuite de parapluies, mais uniquement aux personnes qui portent des bottes jaunes.
Pourquoi le gazole ?
Parce que les réserves disponibles et les tensions d’approvisionnement ne sont pas les mêmes pour l’essence et le diesel.
Une explication économique existe donc.
Mais pour celui qui fait son plein d’essence et voit son budget s’envoler, cela reste une consolation assez maigre.
Rendez-vous le 1er novembre… si tout va bien !
Autre détail amusant : la baisse ne doit pas arriver immédiatement.
Selon les précisions rapportées le 8 octobre, elle est attendue à partir du 1er novembre et doit s’inscrire dans une opération de trois mois.
Nous voilà donc invités à patienter.
Et d’ici là, que faut-il faire ? Rouler au ralenti ? Pousser sa voiture ? Se mettre au vélo en attendant que le gouvernement débloque le carburant de secours ?
Rassurez-vous, je plaisante.
Quoique…
Le gouvernement doit encore discuter avec les distributeurs pour organiser l’opération et s’assurer que la baisse soit répercutée.
Voilà donc notre carburant moins cher qui va devoir traverser plusieurs bureaux avant d’arriver dans nos réservoirs.
Espérons qu’il ne tombe pas en panne administrative sur le chemin.
Et après trois mois, on fait quoi ?
C’est probablement la question la plus intéressante. L’opération est prévue sur trois mois.
Mais le prix du pétrole, lui, ne se décide pas à Matignon.
Il dépend notamment des cours mondiaux, des approvisionnements, du raffinage et des tensions internationales.
Sortir des réserves peut soulager temporairement le marché.
Cela ne fait pas disparaître les causes de la hausse.
Alors que se passera-t-il lorsque l’opération prendra fin ? Faudra-t-il remettre du gazole dans les stocks à un prix plus élevé ?
La baisse aura-t-elle duré suffisamment longtemps pour soulager les ménages ?
Ou faudra-t-il bientôt annoncer une nouvelle annonce destinée à expliquer la fin de la précédente ?
Pour le moment, personne ne peut promettre ce que coûtera le litre de gazole dans trois mois.
Et c’est justement pourquoi cette mesure ne doit pas être confondue avec une solution durable.
Madame Râleuse sort sa calculatrice !
Que les choses soient claires : une baisse réelle du prix du gazole serait bienvenue. Les automobilistes n’ont aucune raison de cracher sur quelques euros économisés.
Mais entre une baisse annoncée, une baisse espérée et une baisse réellement constatée, il existe une différence que les beaux discours ont parfois tendance à oublier.
Alors, monsieur Lecornu, on attend de voir. Si le litre diminue réellement de 12 à 18 centimes, tant mieux. Si les distributeurs répercutent correctement la réduction, encore mieux.
Mais pour le moment, ne nous demandez pas d’applaudir trop fort.
Parce qu’en France, le carburant augmente au présent, baisse au futur… et se paie toujours au prix affiché.
Madame Râleuse — Le plein de bon sens, sans supplément à la pompe !
