Vous êtes Français ? Vous payez vos impôts ? Vous avez le droit de râler ? Félicitations ! Mais pour descendre dans la rue, il va peut-être falloir présenter votre carte de membre au club des manifestants agréés !
Bienvenue dans la nouvelle formule du maintien de l’ordre : la colère sur ordonnance, délivrée uniquement aux organismes habilités !
Non, ce n’est pas une plaisanterie.
Le 22 octobre 2026, Emmanuel Macron a annoncé vouloir interdire, autant que possible, les manifestations qui ne sont pas organisées par des syndicats.
Pardon ? Depuis quand la République fonctionne-t-elle comme une boîte de nuit, avec un videur à l’entrée ?
« Désolé monsieur, vous n’êtes pas sur la liste. Revenez avec votre délégué syndical. »
Macron et l’interdiction des manifestations : désormais, il faut être un râleur certifié !
À l’approche des manifestations du samedi 24 octobre, Emmanuel Macron a expliqué vouloir privilégier les cortèges syndicaux, avec des parcours adaptés, et interdire les autres rassemblements partout où cela serait possible.
Il a même parlé de demandes émanant de personnes n’ayant « aucune légitimité pour cela ».
Ah bon ? Il faudrait donc un diplôme de contestation ? Une licence de mécontentement ?
Un certificat officiel attestant qu’on est suffisamment syndiqué pour avoir le droit de trouver que quelque chose ne va pas ?
Imaginez un peu la scène.
— Vous manifestez pour quoi ?
— Mon salaire, mon pouvoir d’achat et l’avenir de mes enfants !
— Très bien. Votre numéro d’adhérent syndical ?
— Je n’en ai pas.
— Ah ! Dans ce cas, votre colère n’est pas homologuée. Circulez !
Formidable ! Après le contrôle technique des voitures, voici le contrôle technique des citoyens mécontents !
Un recours devant le Conseil d’État : même les juristes trouvent que ça commence à sentir le roussi !
Heureusement, tout le monde n’a pas décidé d’applaudir cette merveilleuse innovation administrative.
L’Association de défense des libertés constitutionnelles (Adelico) et le Syndicat de la magistrature ont déposé, jeudi 22 octobre, un recours en référé-liberté devant le Conseil d’État.
Ils contestent notamment la possibilité pour le président de définir une doctrine générale d’interdiction et la distinction opérée entre organisateurs syndicaux et non syndicaux.
Leur avocat, Jean-Baptiste Soufron, évoque un « abus de pouvoir ». Et là, on ne parle plus d’une simple querelle politique. On parle du respect des libertés fondamentales.
Car, petit rappel qui semble devenir nécessaire : le droit de manifester n’appartient pas aux syndicats. Il appartient aux citoyens.
Une manifestation doit respecter les obligations légales de déclaration et de sécurité. Elle peut être interdite si des risques sérieux pour l’ordre public le justifient, de manière nécessaire et proportionnée.
Mais aucun texte ne réserve ce droit aux seuls porteurs d’une carte syndicale.
La Constitution n’est pas une carte de fidélité !
À Paris, le syndicat passe, les autres restent sur le trottoir
Et ce n’est pas seulement une affaire de déclarations présidentielles.
Pour le samedi 24 octobre, un cortège à l’initiative de la CGT, entre Bastille et Nation, a été autorisé.
Celui annoncé par le collectif étudiant Interfac et des gilets jaunes, entre Bastille et Opéra, a été interdit.
Attention : les décisions préfectorales peuvent faire l’objet de recours et leur légalité doit être appréciée selon les risques propres à chaque manifestation.
Mais politiquement, l’image est saisissante.
À quelques rues près, deux colères, deux traitements.
Alors, demain, on fait quoi ?
Un guichet spécial pour les citoyens autorisés à être mécontents ?
Une application « MaColère.gouv » ?
Avec un joli message :
« Votre demande de manifestation a été rejetée. Veuillez réessayer lorsque vous serez moins contrarié. »
Protéger les commerces, oui ! Mais depuis quand un manifestant pacifique est-il responsable des casseurs ?
Le gouvernement justifie ces restrictions par la nécessité de protéger les habitants, les commerces et les bâtiments publics après les dégradations survenues lors des mobilisations du 17 octobre.
Et protéger les personnes et les commerces est évidemment une responsabilité de l’État.
Mais voilà la question qui dérange.
Depuis quand les violences de certains doivent-elles décider des droits de tous les autres ?
Un commerçant n’a pas à retrouver sa boutique détruite. Un manifestant pacifique n’a pas non plus à être automatiquement assimilé à quelqu’un venu tout casser.
On peut réclamer la sécurité sans considérer chaque cortège comme une menace en puissance. Sinon, autant interdire les voitures parce que certains conducteurs grillent les feux rouges !
Ce serait très efficace pour supprimer les embouteillages. Un peu moins pour préserver les libertés.
Démocratie ou dérive autoritaire : jusqu’où peut-on limiter le droit de manifester ?
L’exécutif assure que les préfets décideront au cas par cas, selon les risques pour l’ordre public, et rappelle que les tribunaux pourront contrôler leurs arrêtés.
C’est une garantie essentielle.
Mais ce qui inquiète les organisations ayant saisi le Conseil d’État, c’est précisément cette idée d’une recommandation générale : privilégier certains organisateurs et écarter les autres.
Est-ce une dictature ? Le mot ne se décrète pas à la légère, et la justice doit encore se prononcer sur ce recours.
Mais une démocratie qui commence à expliquer à ses citoyens quelle organisation doit encadrer leur mécontentement pour qu’il soit acceptable soulève une question particulièrement sérieuse.
À quoi sert la liberté de manifester si elle finit par ressembler à une permission de manifester entre gens approuvés ?
Parce qu’une manifestation n’est pas censée être une cérémonie officielle où tout le monde applaudit à l’heure prévue.
Par définition, elle sert aussi à exprimer un désaccord.
Et un désaccord, monsieur Macron, ça ne se range pas toujours gentiment dans un classeur !
Madame Râleuse : monsieur Macron, la République n’est pas votre salon privé !
Alors, monsieur Macron…
Vous voulez le retour au calme ? Très bien.
Mais attention à ne pas confondre le calme avec le silence.
Parce qu’un pays où plus personne ne proteste n’est pas nécessairement un pays où tout va bien. C’est peut-être aussi un pays où les gens ne pensent plus pouvoir se faire entendre.
Et si la prochaine étape consiste à distribuer des badges pour autoriser les mécontents à sortir de chez eux, prévenez-nous !
Je commanderai le mien immédiatement.
En lettres rouges. Avec écrit dessus :
« CITOYENNE NON HOMOLOGUÉE — RÂLEUSE DEPUIS TOUJOURS ! »
Madame Râleuse — Parce que la liberté d’expression, ce n’est pas un privilège réservé aux titulaires d’une carte de membre !
Sources
- LCP — Déclarations d’Emmanuel Macron sur les manifestations, 22 octobre 2026
- Agence Anadolu — Recours devant le Conseil d’État, 23 octobre 2026
- Conseil d’État — Décision du 4 décembre 2023 sur la liberté de manifester
- Service-Public — Organisation et interdiction des manifestations
Situation au 23 octobre 2026 : le recours a été déposé ; aucune décision sur ce recours n’est rapportée dans les sources consultées.
ALT de l’illustration
Madame Râleuse dénonce les restrictions de manifestations annoncées par Macron et le recours devant le Conseil d’État.
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