En France, les lycéens réclament des professeurs, des classes correctes et des établissements qui ne tombent pas en ruine. Le gouvernement, lui, semble avoir trouvé la solution : ouvrir des consultations, lancer des chantiers et promettre des réponses… plus tard.
Ah, la France ! Ce merveilleux pays où l’on peut manquer de professeurs, de chauffage, de matériel et parfois même de salles en état, mais où l’on ne manquera jamais de réunions pour en discuter.
Depuis plusieurs semaines, les lycéens se mobilisent. Et contrairement à ce que certains aimeraient croire, ils ne manifestent pas pour obtenir trois heures de récréation et une machine à crêpes dans chaque classe.
Non, ces petits insolents osent réclamer de quoi étudier correctement.
Quelle audace !

Des profs, pas des promesses !
Les revendications sont pourtant assez simples : remplacer les enseignants absents, réduire les effectifs dans les classes surchargées, rénover les bâtiments dégradés et améliorer les conditions d’apprentissage.
Sans oublier Parcoursup, cette merveilleuse invention qui permet de transformer l’orientation scolaire en épreuve de résistance nerveuse.
Bref, les jeunes demandent à l’Éducation nationale de pouvoir assurer… l’éducation.
On reconnaîtra que l’exigence est particulièrement extravagante.
Face à cette mobilisation, Sébastien Lecornu a décidé d’agir.
Enfin, agir… C’est un grand mot.
Disons qu’il a décidé de réfléchir à la manière d’envisager de futures actions.
Et ça, mes amis, c’est déjà tout un programme gouvernemental !
Un grand plan pour les lycées : chantier numéro 458 !

Le Premier ministre a annoncé cinq chantiers prioritaires.
Cinq !
Parce qu’apparemment, quand un établissement tombe en morceaux, la première chose à faire est de lui trouver un joli numéro de chantier.
Au programme : remplacement des professeurs, amélioration des locaux, organisation des journées, orientation et expression des lycéens.
Tout cela paraît formidable. Sauf qu’il s’agit principalement de problèmes connus depuis des années.
Mais rassurez-vous : cette fois, on va les étudier sérieusement. Probablement avec des commissions. Des sous-commissions.
Et, pourquoi pas, une commission chargée de vérifier que les autres commissions ont bien compris le problème.
À ce rythme, les élèves auront terminé leurs études avant que le premier compte rendu soit validé.
Dix milliards demandés, 1,2 milliard annoncé : sortez les calculatrices !
Certaines organisations lycéennes réclament un plan d’urgence de 10 milliards d’euros.
En face, le gouvernement met en avant une augmentation de 1,2 milliard d’euros du budget de l’Éducation nationale pour 2027.
Attention, ces deux chiffres ne désignent pas exactement la même chose : l’un correspond à un plan d’urgence revendiqué, l’autre à une augmentation budgétaire annuelle annoncée.
Mais politiquement, le contraste est saisissant.
D’un côté, des élèves qui réclament un changement massif. De l’autre, un gouvernement qui explique qu’il faut rester raisonnable et tenir compte des finances publiques.
C’est vrai, quoi !
On ne va quand même pas se précipiter pour réparer les écoles sous prétexte que les élèves doivent y passer leurs journées.
Il faut respecter les priorités.
Et visiblement, l’urgence a été priée de prendre un ticket et d’attendre son tour.
Une grande consultation : parce que les élèves n’ont sûrement pas été assez clairs !
Le gouvernement a également ouvert une plateforme pour recueillir la parole des lycéens.
Ah ! Voilà une idée révolutionnaire !
Les jeunes expliquent qu’il manque des enseignants ? Demandons-leur de remplir un formulaire.
Ils dénoncent des bâtiments délabrés ? Proposons une consultation.
Ils réclament des moyens ? Organisons une synthèse de leurs contributions.
On imagine déjà le résultat :
« Après analyse de vos réponses, nous constatons que vous souhaitez davantage de professeurs et de meilleures conditions d’apprentissage. »
Formidable ! Il aura donc fallu une plateforme numérique pour découvrir ce que les élèves criaient déjà dans la rue.
Et le plus beau, c’est que les premières décisions sont attendues pour la fin octobre.
Encore un peu de patience, les enfants !
La République réfléchit.
Octobre : réflexion. Novembre : conclusions. Décembre : complications.

J’ai imaginé le calendrier idéal de cette grande opération de sauvetage de l’école.
Octobre ? On réfléchit.
Novembre ? On tire les conclusions.
Décembre ? On découvre que c’est plus compliqué que prévu.
Janvier ? On présente des vœux pour une meilleure année scolaire.
Et ensuite ?
Eh bien, on pourrait organiser une nouvelle concertation !
Soyons justes : ce calendrier est une caricature, pas une annonce officielle.
Mais à force de voir les gouvernements annoncer des plans, des consultations et des échéances, il devient difficile de distinguer la satire du communiqué de presse.
Madame Râleuse a un petit message pour Matignon
Bien sûr que les finances publiques comptent. Bien sûr que les solutions demandent du temps et de l’organisation.
Mais il faudrait peut-être arrêter de présenter la consultation comme une réponse suffisante quand les problèmes sont déjà identifiés.
Les lycéens ne réclament pas des miracles.
Ils veulent des professeurs devant leurs classes, des établissements dignes de ce nom et la possibilité d’étudier sans devoir manifester pour obtenir ce qui devrait aller de soi.
Alors, monsieur Lecornu, on peut discuter des températures, comparer les budgets et annoncer autant de chantiers que l’on veut.
Mais quand la maison brûle, ce n’est pas une réunion qu’on attend. C’est quelqu’un qui apporte de l’eau.
Et si possible, avant que les élèves aient tous obtenu leur bac.
Madame Râleuse — Parce qu’à force de nous prendre pour des imbéciles, il va bien falloir finir par leur répondre !
