Ah ben voilà.
Depuis trois semaines, les lycéens dénoncent les violences policières, les forces de l’ordre comptent leurs blessés, le gouvernement appelle tout le monde au calme…
Et maintenant, Alliance Police Nationale porte plainte contre l’État. Oui. La police contre l’État.
« Qui donne les ordres ? » : excellente question
Dans un communiqué publié le 14 octobre, Alliance annonce une plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Le syndicat dénonce des « consignes floues », des « injonctions contradictoires » et un décalage entre les déclarations publiques du ministre de l’Intérieur et les instructions qui seraient données sur le terrain.
Alliance pose même la question :
« Qui donne les ordres ? Qui transmet les consignes ? »
Excellente idée.
Ce serait effectivement pratique de le savoir avant d’envoyer des centaines de policiers face à des milliers de manifestants.
Normalement, dans « forces de l’ordre », il y a quand même le mot ordre. À ce stade, le maintien de l’ordre ressemble de moins en moins à une chaîne de commandement et de plus en plus à un groupe WhatsApp où personne n’a lu le dernier message.
Les lycéens accusent la police, la police accuse l’État
Et c’est là que la situation devient franchement surréaliste.
D’un côté, des lycéens et leurs familles dénoncent depuis plusieurs semaines l’usage de la force lors des manifestations.
De l’autre, Alliance affirme aujourd’hui que les policiers sont eux-mêmes « trahis, abandonnés et livrés à eux-mêmes » par leur hiérarchie.
Donc résumons.
Les jeunes demandent pourquoi les policiers les chargent. Les policiers demandent pourquoi on leur donne des consignes contradictoires.
Et quelque part tout en haut, quelqu’un doit probablement préparer un communiqué expliquant que la situation est suivie avec la plus grande attention. Cette phrase magique, elle ne règle absolument rien, mais elle tient très bien sur un pupitre.
937 policiers blessés, 248 élèves : tout va parfaitement bien
Le bilan annoncé mercredi par Sébastien Lecornu donne pourtant une idée de l’ambiance.
Depuis le début du mouvement, le Premier ministre fait état de 937 policiers et gendarmes blessés, de 248 élèves blessés et de 149 personnels de l’Éducation nationale touchés. Il précise que 40 membres des forces de l’ordre ont été blessés durant la seule journée du 13 octobre. Ces chiffres ne détaillent toutefois pas la nature ni les circonstances de chaque blessure.
Mais surtout, continuons à nous demander si le problème vient de ceux d’en face. Pendant ce temps, personne n’a besoin de regarder ce qui cloche de son propre côté. C’est plus confortable.
Quand même les policiers réclament des explications…
Alliance demande désormais que soit examinée toute la chaîne de commandement afin d’identifier l’origine des consignes contestées et les responsabilités éventuelles. La plainte devra évidemment être examinée par la justice : les accusations du syndicat ne constituent pas, à elles seules, la preuve d’une faute de l’État.
Mais politiquement, l’image est assez extraordinaire.
Ceux qui reçoivent les ordres demandent publiquement qui les donne. On avait déjà les manifestants qui ne comprenaient plus la stratégie policière.
Voilà maintenant une organisation policière qui dit ne plus comprendre la stratégie de sa propre hiérarchie.
À ce rythme-là, bientôt le ministre de l’Intérieur déposera une main courante pour savoir qui dirige le ministère de l’Intérieur.
Tout le monde prend des coups, personne ne prend la responsabilité
Et c’est peut-être finalement ça, le plus inquiétant.
Quand les lycéens sont blessés, on cherche les policiers responsables.
Quand les policiers sont blessés, on cherche les casseurs.
Quand les policiers contestent leurs ordres… on cherche maintenant celui qui les a donnés.
La justice dira ce qu’il en est de la plainte d’Alliance.
Mais une chose est déjà certaine : lorsqu’un syndicat policier en arrive à demander publiquement « qui donne les ordres ? », la communication gouvernementale peut toujours répéter que tout est sous contrôle…à ce stade, il faudrait peut-être commencer par retrouver la télécommande.

